Edito
Voir un ami pleurer...
« Bien sûr l’argent n’a pas d’odeur. Mais pas d’odeur vous monte au nez. Bien sûr, on marche sur les fleurs. Mais, mais voir un ami pleurer ! » lorsque Brel chantait, son public était pris aux tripes. Et encore aujourd’hui, l’écoutant, nombreux sont ceux qui vibrent à l’idée d’assister, impuissants, à la manifestation du malheur d’un ami.
Il y a quelques semaines, c’est une femme d’Etat qui a attiré la compassion des téléspectateurs, partout en Europe. Elsa Fornero, la nouvelle ministre du Travail italienne, avait en effet dû interrompre son discours sur l’impérieuse nécessité de consentir des sacrifices, submergée par l’émotion, la voix brisée par les sanglots. Résultats, une vague de sympathie et une meilleure acceptation du plan d’austérité.
Le bien public et des enfants s’avère la principale cause lacrymale acceptable. Toshiso Kosako, conseiller nucléaire auprès du Premier ministre japonais, nommé suite au désastre de Fukushima, avait ainsi démissionné en pleurs le 30 avril 2011 suite à son refus d’imposer aux enfants de tels niveaux de radioactivité. Il s’est lui aussi assuré du soutien de la population.
Manifester son émotion est un exercice délicat. Ne pas le faire l’est tout autant… Le citoyen apprécie les preuves de compréhension, de considération pour ses difficultés, mais il a aussi besoin d’avoir confiance en la force du leader.
À la tête de l’entreprise familiale, il est fréquent de rencontrer un dirigeant plus enclin à sauver l’enseigne et ses emplois qu’à se constituer un parachute doré. Alors, sans tomber dans le paternalisme, lorsque l’enjeu est partagé, pourquoi ne pas réintroduire quelque humanité, quelque vérité. Faut-il en toutes circonstances respecter l’adage managérial selon lequel les sentiments n’ont pas de place dans le cadre professionnel ?
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